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The Galápagos Principle | Le Principe Galápagos
Palais de Tokyo, Paris
20 juin – 9 septembre 2013

Curators | Commissaires: Maxime Bondu, Gaël Grivet, Emile Ouroumov, Bénédicte le Pimpec

[Website of the project | Site web du projet]
[Interview BlouinArtInfo]
[Interview VernissageTV]

Atlantic
Alain Bedos & Christian Moncel
Maxime Bondu
Simon Boudvin
René Daumal
Arnaud des Pallières
Simon Faithfull
Joseph Grigely
Gaël Grivet
Ceel Mogami de Haas & Vianney Fivel
Laurent Montaron
Uriel Orlow
Jean Painlevé
Ilya Prigogine
Principauté de Sealand
Superstudio
Christian Waldvogel

EN
A fluid in a closed circuit diffuses heat in the apparatus and provides a constant comfort without variation.
Atlantic publicity for Galápagos heating, 2011

By short-circuiting the outside world, Le ParK creates its own reality. Because of this isolation, it encourages the endemic production of attractions and games, spectacles and leisure activities which have no equivalent in the world, and defy the classic laws of entertainment. This is what Licht calls “the Galápagos Principle”: creativity honed by the absence of relation with the outside world. It is in this evolving selection of technical species that resides, according to him, the specific nature of the post-gregarious entertainment incarnated by Le ParK.
Bruce Bégout, Le ParK, Paris, Editions Allia, 2010

In his novel Le ParK, Bruce Bégout borrows for his own ends the interest in endemism that Charles Darwin had experienced 150 years earlier with regard to the Galápagos Islands, discovered in 1535 by Spanish vessels. Out of it, one of his characters, Licht, established a principle which helps him to describe the creative driving force of the gigantic park of which he is the architect, referring in certain aspects to our contemporary condition, where technological genius is at the service of a production of areas of isolation, and entertainment camps. In Bégout’s novel, it is the insularity of the ParK which permits the emergence of the exuberant physical and social forms, extracted from predictability and rationality, which may hallmark the outside world.

Darwin may not have made a principle out of the Galápagos islands, but his voyage to the archipelago in 1835 was decisive in his understanding of natural selection. Because each island housed its own endemic species, the naturalist was able to observe in them the relations that those species had with their environment. His studies on the beaks of chaffinches and the explanation of their forms based on local food resources have remained famous. Because of that extraordinary situation of observation, Darwin was able to validate his theory and apply it to the whole living world. In 1859, he would publish On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life.

With regard to the Galápagos, Darwin and Bégout thus raise two different aspects of endemism: on the one hand, isolation permits the production of objects which avoid the norms of the outside world, on the other, the thing isolated tells us something valid about the rest of the world, by the very fact that it is extracted from it.

It is in the tension between these two themes that the curatorial project is rooted, by exploring different possible variations of these questions applied to the biotope of art. Is the autonomy of this latter linked or inversely proportional to its ability to describe the world? How does it differ from other cultural facts and objects?

The biology of evolution makes distinctions between neo-endemic species, where the process of speciation is associated with geographical isolation, and paleo-endemic species which only exist in one place, because they have disappeared everywhere else. These latter provide us with a Robert Filliou-style sentence, in which art is defined as a set of practices which can only exist in its field.

As a result, “The Galápagos Principle” governed the actual exhibition arrangement, incorporating works of art as well as statements, consumer items, and various material and immaterial objects through which the Principle’s validity could be tested. Because the brief of these proposals was not to be simultaneously understood, they themselves generated their conditions of visibility. Several appearances thus took place in different parts of the Palais de Tokyo and outside, staggered throughout the “New Waves” season (June-September 2013), an exhibition programme in which the institution was keen to highlight the special figure of the curator.

FR
Un fluide en circuit fermé diffuse la chaleur dans l’appareil et procure un confort constant sans variation.
Publicité Atlantic pour le chauffage Galápagos, 2011

En court-circuitant le monde extérieur, Le ParK crée sa propre réalité. Grâce à cet isolement, il favorise la production endémique d’attractions et de jeux, de spectacles et de loisirs qui n’ont aucun équivalent dans le monde, et défient les lois classiques du divertissement. C’est ce que Licht nomme “le Principe Galápagos” : la créativité affûtée par l’absence de relation avec le monde extérieur. C’est dans cette sélection évolutive des espèces techniques que réside selon lui la spécificité du divertissement post-grégaire qu’incarne Le ParK.
Bruce Bégout, Le ParK, Paris, Editions Allia, 2010

Dans son roman Le ParK, Bruce Bégout reprend à son compte l’intérêt pour l'endémisme que Charles Darwin avait éprouvé 150 ans auparavant pour l’archipel des Galápagos, découvert en 1535 par des navires espagnols. L'un de ses personnages, Licht, en fonde un principe qui lui permet de décrire le moteur créatif du gigantesque parc dont il est l'architecte, renvoyant à certains aspects de notre condition contemporaine, où le génie technologique se met au service d’une production d’espaces d’isolement, de camps de divertissement. Dans le roman de Bégout, c'est l’insularité du ParK qui permet l'émergence des formes physiques et sociales exubérantes, soustraites à la prévisibilité et à la rationalité qui peuvent caractériser le monde du dehors.

Si Darwin n’a pas fait des Galápagos un principe, son voyage sur l’archipel en 1835 fut décisif dans sa compréhension de la sélection naturelle. Chaque île abritant ses propres espèces endémiques, le naturaliste put y observer les relations qu’entretenaient celles-ci avec leur environnement. Sont restées célèbres ses études sur les becs de pinsons et l’explication de leurs formes en fonction des ressources alimentaires locales. Grâce à cette extraordinaire situation d’observation, Darwin a pu valider sa théorie et l’appliquer à l’ensemble du vivant. Il publiera en 1859 De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie.

Ainsi, à propos des Galápagos, Darwin et Bégout soulèvent deux aspects différents de l’endémisme : d’un côté l’isolement permet la production d’objets qui échappent aux normes du monde extérieur, de l’autre, l’isolé nous dit quelque chose de valable sur le reste du monde, par le fait même qu’il s’en soustrait.

C’est dans la tension entre ces deux axes que s'ancre le projet curatorial, en explorant différentes déclinaisons possibles de ces questions appliquées au biotope de l’art. L’autonomie de ce dernier est-elle conjointe ou inversement proportionnelle à sa faculté de décrire le monde ? En quoi se différencie-t-il d’autres faits ou objets culturels ?

La biologie de l’évolution distingue les espèces néo-endémiques, où le processus de spéciation est lié à l’isolement géographique, des espèces paléo-endémiques qui n’existent qu’en un endroit car elles ont disparu partout ailleurs. Ces dernières nous fournissent une sentence à la Robert Filliou, où l’art se définirait comme un ensemble de pratiques qui ne peuvent exister qu’en son champ.

Le Principe Galápagos régissait de ce fait le dispositif d’exposition lui-même, intégrant des œuvres d’art, mais aussi des énoncés, produits de consommation, et divers objets matériels ou immatériels à travers lesquels la validité du Principe pouvait être éprouvée. N’ayant pas vocation à être appréhendées simultanément, ces propositions généraient elles-mêmes leurs conditions de visibilité. Plusieurs apparitions eurent ainsi lieu dans différents endroits du Palais de Tokyo et en dehors, réparties tout au long de la saison « Nouvelles vagues » (juin-septembre 2013), programme d’expositions à travers lequel l’institution souhaitait mettre en avant la singularité de la figure du curateur.